
Les Arcs – Bourg-Saint-Maurice : la recherche du consensus pour une montagne plus verte
Quel avenir pour la montagne ? Quand certains massifs s’écharpent entre vision écologique et capitalistique, Bourg-Saint-Maurice et Les Arcs s’efforcent de mettre tout le monde autour d’une même table.
Dans un contexte où la préservation de l’environnement et la responsabilité sociale se font urgentes, un vent nouveau parcourt les domaines de montagne. Loin des discours formatés et des slogans publicitaires, certains acteurs et territoires bousculent les habitudes pour imaginer une montagne plus respectueuse et vivante. C’est ce que tente de faire Bourg-Saint-Maurice et la station de ski des Arcs, en Haute-Tarentaise (Savoie).
Marie-Clémence Vallier, Responsable Qualité, Sécurité et Environnement (QSE) pour le domaine de Montagne des Arcs (ADS), nous explique les racines d’un engagement collectif sincère, où l’envie de mieux faire se conjugue avec une réflexion sur l’impact réel des pratiques sur le territoire, hiver comme été. Un éclairage intéressant alors même que le manque d’enneigement naturel se fait de plus en plus criant.
Une volonté commune de mieux faire
Chez ADS, l’aventure commence il y a six à sept ans avec la création d’un petit groupe de collaborateurs connu sous le nom de “La Ruche”. Ce collectif, composé à l’origine de quelque six personnes profondément engagées pour l’environnement et animées par une énergie d’activistes, a su imposer son regard et ses idées novatrices au sein du domaine de Montagne des Arcs. Leur objectif ? Faire évoluer l’entreprise pour qu’elle devienne un acteur majeur dans la réduction de son impact sur l’écosystème montagnard.
“Nous avons su convaincre notre directeur général, déjà sensible au message, de l’importance d’un changement de paradigme“, explique Marie-Clémence Vallier. Ces pionniers ont ouvert la voie à une transformation qui va bien au-delà d’une simple stratégie corporate. Leur démarche, ancrée dans le vécu quotidien et l’implication sur le terrain, réaffirme que l’innovation naît souvent de la volonté collective de remettre en question le statu quo.
Aujourd’hui, ce groupe a bien grandi. On compte une centaine de collaborateurs d’ADS membres de La Ruche, qui travaillent à l’unisson avec d’autres acteurs du territoire, à commencer par l’Office du Tourisme et la mairie de Bourg-Saint-Maurice. C’est cette collaboration qui est assez unique en son genre et permet d’avancer en bonne entente.
Flocon Vert et B Corp : des labels gages d’engagement
Cet engagement commun et cette démarche sincère ne sont pas passés inaperçus. La station de ski des Arcs a reçu, à l’hiver 2020, Le label Flocon Vert créé par l’association Mountain Riders. C’est la première station de Savoie à obtenir cette certification, gages d’une politique de développement durable sérieuse. Les Arcs – Bourg-Saint-Maurice font désormais partie des onze destinations dotées de deux flocons (sur un maximum de trois), aux côtés d’autres stations bien connues comme la Vallée de Chamonix, Saint-Gervais, Valberg, Méribel ou encore Megève. Ce label atteste d’un engagement concret dans la réduction de l’empreinte environnementale, la gestion optimisée des ressources et la mise en place de solutions de mobilité décarbonée.
Parallèlement, l’obtention du label B Corp par ADS,confirme que l’entreprise répond à des critères stricts en matière de performance sociale, environnementale, de transparence et d’imputabilité. C’est le premier gestionnaire de domaine de montagne en Europe a être ainsi certifié. “Cela témoigne d’une volonté de dépasser les exigences traditionnelles du marché pour placer l’humain et la nature au centre de nos préoccupations, et ce, dans une logique de long terme”, précise Marie-Clémence Vallier.
Vision pour 2030 : un territoire en transformation
Regardant vers l’avenir, les acteurs du territoire se dotent d’une feuille de route ambitieuse pour 2030. Cette vision s’articule autour de la réinvention du modèle de développement alpin : une coexistence harmonieuse entre activité économique, préservation des ressources naturelles et dynamisation de la vie locale. La municipalité, l’office du tourisme et les entreprises telles qu’ADS œuvrent de concert pour dessiner un futur où la transition écologique se conjugue avec une modernisation des infrastructures et une valorisation du savoir-faire local.
“Ce projet d’avenir est porté par la conviction que la transformation de la montagne passe par une collaboration étroite, une réflexion partagée et une adaptation continue aux défis climatiques”, souligne la responsable QSE. Et cela ne sera possible qu’avec une véritable vie à l’année sur le territoire, au-delà des pics enneigés et des forfaits de ski. Créer un maillage d’activités tout au long de l’année permet non seulement de dynamiser l’économie locale, mais aussi de renforcer le lien social entre habitants et visiteurs. “Nous sommes très attachés à avoir une vie locale active. En étant un acteur fort du territoire, en ne pensant pas à la saison mais à l’année, en prenant soin d’avoir des offres de logement pour les personnes qui travaillent ici… une dynamique se crée.” Ce développement durable qui profite à tous, tout en préservant l’authenticité et le caractère unique de ces espaces.
Agir sur tous les scopes aux Arcs – Bourg-Saint-Maurice
Nous avons bien travaillé sur les scopes 1 et 2. “Par exemple, La Compagnie des Alpes, dont fait partie ADS, a entamé une transition au niveau des engins de damage des pistes. Nnous avons pu réduire de 83 % la pollution liée au recours de carburants fossiles en optant pour un biocarburant 100 % renouvelable, le HVO 100.” Ce dernier, fabriqué à partir de déchets, de graisses et d’huiles végétales usagée (mais pas d’huile de palme), émet six fois moins que le gazole non routier (-90 % de CO2 et -65 % de particules fines émises). Sur une saison aux Arcs – Bourg-Saint-Maurice, les émission de gaz à effet de serre sont passés d’un peu plus de 3 000 tonnes CO2eq. sur la saison 2021-2022 à 770 tonnes CO2eq l’année suivante (scopes 1 et 2). Un recul de 75 % !
Reste les émissions indirectes (scope 3), qui représente le gros des émissions en raison de la prise en compte des transports des visiteurs. Pour venir jusque dans les Alpes puis pour se déplacer une fois sur place. Cela représente environ 40 000 tonnes CO2eq. Les Arcs – Bourg-Saint-Maurice est accessible en train et s’efforce de promouvoir ce moyen de locomotion pour venir sur place. En outre, le territoire s’est doté d’un funiculaire électrique. “Il permet de monter très facilement dans les stations des Arcs. En 7 minutes, on passe de Bourg aux Arcs 1600 et le trajet est offert pour toute personne venue en train”, précise la responsable QSE. Une fois en altitude, des navettes inter-stations permettent de se déplacer en toute simplicité. Sans oublier les remontées mécaniques.
La gestion de l’eau, cet autre grand défi
La question de la gestion de l’eau, particulièrement dans le contexte de la production de neige artificielle, représente un défi majeur pour ces territoires. ADS et ses partenaires ont adopté une approche rigoureuse pour limiter la consommation d’eau.
“Cela passe par plusieurs méthodes. La première est la récupération des eaux pluviales pour les utiliser comme des eaux grises. La seconde stratégie est ce que nous avons appelé la ‘juste neige’. C’est-à-dire que nous nous sommes posés des limites, à la fois sur l’origine de l’eau, uniquement prélevée en surface et pas en profondeur, mais aussi sur le pourcentage de neige de culture sur notre domaine. À l’heure actuelle, il concerne 40-43 % de la surface. Nous n’irons pas au-delà de 50 %. Nous nous sommes fixés, tous ensemble, un quota maximum de 500 000 m3 d’eau consommé en moyenne sur cinq ans. Cela peut être un peu plus ou un peu moins selon les saisons et le niveau de neige mais la moyenne globale est celle-ci”, détaille Marie-Clémence Vallier.
Encore une fois, cette décision a été prise de manière collégiale, y compris avec les collectivités, les moniteurs de ski, les clubs de sport… “Nous savons déjà que, prochainement, nous ne ferons plus de nouvelles installations de neige de culture. Il y a encore quelques endroits qu’on a besoin d’équiper mais, ensuite, cela actera la fin.”
Un nouveau festival en faveur des glaciers
Afin de continuer à embarquer un maximum de personnes du territoires en faveur de la protection de l’environnement, un nouveau festival va voir le jour au mois de mars prochain. Intitulé “Agir pour les glaciers”, ce rendez-vous vise à sensibiliser le grand public aux enjeux liés à la fonte des glaciers et aux conséquences du réchauffement climatique. Plus qu’un simple événement culturel, ce festival se veut un catalyseur d’idées et un espace de rencontre pour les experts, les militants et les citoyens soucieux de l’avenir de la montagne.
Une autre façon de prouver que, le changement est possible lorsque la passion, le dialogue et l’innovation se conjuguent pour le bien commun. L’intelligence collective, associée à une gouvernance inclusive, se révèle être une force majeure pour transformer durablement les pratiques et renforcer l’engagement de chacun.
Comments